Allez, parlons argent !

Vous l’avez (massivement) demandé ce post sur l’argent, alors le voilà !!

De la question de l’adolescent trop chou (« Madame, est ce que je peux vous demander avec quels sous vous êtes partis ? ») à vos confidences touchantes en privé sur toutes vos angoisses associées à ce sujet en passant par les critiques gratuites que certains textes de voyageurs comme moi suscitent souvent (du genre « ouais enfin, on sait tous que tu voyages avec l’argent de papa/maman et que t’es qu’une petite fille de riche »), disons que c’est un thème qui fait l’unanimité !

 

Alors voilà sans langue de bois, je m’attaque à ce vaste sujet. Je vais vous donner des chiffres, mais j’espère que vous me ferez la gentillesse de voir au-delà. Ce qui compte c’est ce qu’il faut lire entre ces chiffres, c’est l’évolution de mon rapport à l’argent et la manière dont je l’ai géré.

Je vous préviens, c’est long. Et pas très très organisé. Car moi j’écris toujours depuis le cœur, ou les tripes. Pas depuis mon mental. Et face à un sujet pareil, j’ai beaucoup beaucoup trop de choses à dire.

Quelqu’un m’a écrit « génial, je l’attends avec impatience ton article sur l’argent, parce que bon, c’est vrai qu’on l’a tous ce fantasme du TDM à 20 000€ ».

Donc, bon, on va se le dire tout de suite, on est entre nous : j’avais le même fantasme, et du coup oui, je suis partie avec un budget à 5 chiffres. Parce que je m’étais bien vite remise dans un moule après avoir cassé le mien : le moule du futur backpackeur. Parce qu’à force d’écumer les sites de voyages, je m’étais auto convaincue ou plutôt laissée convaincre qu’il me fallait pleiiiiin d’argent. « Tu veux faire trois continents ? Un an grosso modo ? C’est mathématique ma grande, il te faut entre …. 14 et 20 000€ ! Sinon tu vas rater ton tour du monde. Rater ton rêve de gosse. Rater ta vie quoi. Au mieux finir clocharde sous un pont en Bolivie. Et encore, si t’as de la chance. »

Donc oui, désolée de vous décevoir direct d’emblée comme ça avec ma mauvaise nouvelle, mais je suis partie avec plus de 20 000€. Que je pensais dépenser en 12 mois, en me serrant la ceinture.

Par contre, j’ai 2 bonnes nouvelles pour compenser !

Finalement en 17 mois, j’en ai dépensé 8000 (et j’ai clairement vu que j’aurais pu en dépenser même bien moins si j’avais voulu).
Et par exemple, pendant 5 mois, qui comptent parmi les plus heureux de ma vie à ce jour, j’ai dépensé 100€/mois. Oui 100!

Allez à partir de là, on reprend dans l’ordre chronologique.

Donc, je suis devant mon ordinateur, tétanisée car je viens de découvrir qu’il me faut 20 000€.

Ma chance c’est que le jour de ma décision de partir j’en avais déjà plus de 10 000 de côté. OK. Si on peut considérer que j’ai eu de la chance de perdre ma grand-mère chérie. (Alors, j’en entends déjà certains « ouais ouais ben voilà. Gosse de riche. Héritage. Etc. ». Excusez moi, mais on s’en f*** mais tellement, c’est pas de ça que je parle. D’autres héritent de bien plus, d’autres n’héritent de rien du tout on est d’accord ! Et d’autres ont toujours leur grand-mère ! Personnellement, je préférerais être dans le 3ème cas sans hésiter.)

Ensuite, moi qui n’avait jamais réussi à mettre d’argent de côté car mon salaire, même s’il était supérieur au SMIC, n’était pas pour autant proportionnel au nombre d’heures que je passais au bureau, j’ai commencé à regarder comment je pouvais économiser. J’étais remplie d’une telle énergie par mon projet, mon bébé, que rien ne pouvait plus m’arrêter.

J’ai pris un 2ème job. Je bossais 17h par jour. La journée talons aiguilles et PowerPoint. La nuit baskets et bar à tapas. Je me suis couchée à 3h du matin et levée a 7h pendant des semaines. Je suis rentrée en vélib pour économiser chaque euro de pourboire gagné, même si je flippais sur la route.

J’ai arrêté d’acheter. Des fringues. Des livres. Des objets. Ça sert à rien quand dans trois mois, ta vie devra rentrer dans ton sac de 60L.

J’ai arrêté d’aller au restaurant. En week-end. Je n’ai plus rien dépensé. Littéralement je payais mes impôts, mon prêt étudiant, je mangeais des pâtes et c’était tout. Mais j’étais méga heureuse et surexcitée.

J’ai tout vendu. Tout. Ma vie aujourd’hui tient dans 5/6 cartons et mon sac à dos. J’ai vendu ou donné à des associations les ¾ de mes fringues. J’ai vendu sur des marchés aux puces des trucs que j’allais jeter ou donner, dont je n’aurais jamais cru tirer de l’argent. 2€ par ci, 3€ par là. En quelques brocantes, avec une amie, je me suis fait … des centaines d’euros. Mais oui, ça implique de se lever à 5h30 les dimanches, de trainer des valises à l’autre bout de Paris, d’installer un stand de fortune et d’y passer sa journée sous la pluie …

J’ai vendu mes meubles. De toute façon j’avais 3 fois rien. Comme quoi j’ai toujours été une nomade et je n’étais pas encore prête à me poser, investir dans des meubles chers, de la déco etc … (Acheter un appart on en parle même pas, j’avais l’impression que c’était la prochaine étape, la case obligée mais ça m’oppressait, j’étouffais rien que d’y penser et puis j’étais bien loin d’avoir ce qu’il fallait.)

Aussi, j’ai des amis et une sœur en or qui m’ont hébergée pendant deux mois. Ca m’a fait un entraînement, je vivais déjà avec un sac à dos et je changeais souvent d’endroit. Grâce à eux, j’ai économisé 2 mois de loyer parisien, imbattable !

Bref je dois en oublier. J’ai mis de côté euro par euro. Je suis passée de la fille incapable de mettre de côté à l’obsessionnelle de l’économie. Autant remplacer une névrose par une autre tiens ! Bref, autre débat.

Donc, en 4 mois j’ai mis 10 000€ de côté.
(J’anticipe au cas où : oui OK, j’étais mieux payée que le SMIC. En même temps, je ne l’ai pas trouvé dans une pochette surprise mon salaire. J’ai étudié 7 ans. J’ai payé des études chères que j’ai financé moi-même en travaillant dès que je l’ai pu à côté de mes études. Et malgré ça, quand je calculais mon taux horaire, je pleurais.)
Peu importe les chiffres en vrai, le message est le suivant : alors que je n’avais rien mis de côté en 4 ans de job, en 4 mois avec un rêve de gosse en ligne de mire, j’ai trouvé l’énergie de soulever des montagnes. Point. Et si je l’ai fait, vous pouvez le faire.

Mais bref. Donc oui suis partie avec 23 000€. Grosso modo.

On va faire simple : 7000 sont partis, mois après mois, dans mon prêt étudiant et mes impôts. Car oui continuer de financer pendant encore 12 mois, à coup de plusieurs centaines d’euros par mois, les études qui t’ont permis d’entrer dans le système que tu as déjà envoyé bouler, c’est un must !

Donc budget de 16 000€. Pour certains c’est rien, pour d’autres c’est énorme. Encore une fois, ce n’est pas le débat. Ce qui compte c’est qu’aujourd’hui, partie depuis 17 mois … et bien, il m’en reste 8000 ! Je vous laisse calculer combien j’en ai dépensé et diviser ça par 17.

Ce qui compte c’est de comprendre que nous français on est conditionnés (on est pas les seuls évidemment hein). L’argent cristallise toutes nos peurs. Peur d’en manquer. Peur d’en avoir trop. Peur de ne pas savoir le gérer. Peur pour l’avenir. Et toutes nos frustrations aussi. Alors souvent on devient agressif, on tire des conclusions sur l’argent des autres sans savoir. Il y a énormément de pays où l’on ne diabolise pas l’argent comme ça. Ou on a pas à s’excuser d’en avoir un peu, beaucoup, passionnément. Surtout s’il a été gagné tout à fait honnêtement.

Sur la route, en me mêlant notamment aux Sud-Américains, j’en ai rencontré des tas des gens qui voyagent avec presque rien (quand je vous dit presque rien c’est qu’ils attaquent le voyage avec 500 dollars en poche pas plus, ça ne leur fait pas peur du tout), voir qui n’ont même pas de compte en banque. Des gens qui gagnent de l’argent en route au fur et à mesure, j’en ai rencontré des tas aussi.

Autre chose que j’ai compris et qui change tout. Quand tu as de l’argent, tu le dépenses. Quand tu n’en as pas, et ben, tu deviens créatif dans ta manière de voyager. Et c’est là que le vrai voyage commence. Exemple, si tu as de l’argent, tu ne vas même pas te poser la question, tu vas te payer le bus ou l’avion pour faire un trajet. Par réflexe. Mécaniquement.
Si tu n’as pas l’argent ou que tu préfères le garder pour autre chose, et ben, tu vas faire du co-voiturage, du stop, tu vas parler aux gens autour de toi à l’auberge pour savoir si personne ne va au même endroit que toi et peut t’emmener.

Les 3 premiers mois, j’étais en mode « touriste », touriste qui sait qu’elle va voyager longtemps certes, qui fait du volontariat à droite à gauche, mais quand même, j’étais en mode « backpackeuse conditionnée à dépenser 20 000€ sur 12 mois ». ET du coup, ben, je dépensais. Ou plutôt je me créais des occasions de dépenser dans ce niveau-là de budget. Ben oui, si tu as calculé que tu pouvais dépenser jusqu’à 1000€ par mois, pourquoi s’arrêter à 500 ?

Puis, naturellement, je me suis lassée de ne faire que visiter, de changer d’endroit tout le temps, j’ai commencé à me poser plus longtemps pour faire du volontariat plusieurs semaines de suite. Parce que j’en avais envie, parce que les projets m’interpellaient et que sincèrement je voulais aider en même temps que je découvrais le pays plus de l’intérieur. Parce que je me faisais des amis, que je m’intégrais à des familles plutôt que de changer d’interlocuteurs tous les deux jours dans une auberge de jeunesse. Et accessoirement, comme j’étais nourrie et logée, ma carte bleue ne quittait plus mon sac à dos. Pendant 5 mois de suite, j’ai dépensé 100€/mois !! Concrètement, je me suis sentie sortir plus riche de chaque expérience de volontariat.

Je vous laisse calculer le ratio « bonheur & qualité de vie / argent dépensé mensuel » et le comparer à mon ex-ratio parisien ou au votre. Et en tirer les conclusions.

Mais selon moi, c’est comme pour le couchsurfing, il ne faut pas faire du volontariat juste pour économiser de l’argent. Ca ne doit pas être la motivation première. Il faut le faire avec le cœur. Sinon, la magie du volontariat et du couchsurfing n’opère pas.

A d’autres qui m’ont demandé « mais quand tu n’auras plus aucune économie, tu feras quoooooooooi ? » … Ben je bosserai pardi ! Je viens de vous dire que c’est déjà ce que je fais depuis le tout début de mon voyage, j’ai fait du volontariat tout le temps !!

Contrairement à ce que l’on t’inculque en France où le CV régente ta vie professionnelle (« attends, tu pars en TDM, mais comment tu vas expliquer le trou sur ton CV, t’es foooooolle ? » là, ça y est, si quelqu’un veut que je lui explique, je suis prête !), des jobs, il y en a des tas, partout. Alors oui, pas forcément des jobs qui feront super bien sur ton CV, mais il ne m’intéresse plus trop trop mon CV et j’ai appris tellement !!! J’ai été réceptionniste sur une plage paradisiaque, traductrice d’expéditions en Amazonie, serveuse dans une pizzeria sur une autre plage paradisiaque, j’ai aidé à construire des maisons au Brésil, un centre de yoga face à l’océan Atlantique en Argentine, j’ai peint des planches de surf sur … une autre plage paradisiaque !

Et ça ce n’est que mon expérience à moi ! J’ai rencontré des gens qui personnalisaient des casquettes, vendaient des muffins ou des sandwichs sur la plage (ça c’est mes colocs uruguayens, je vous les interview demain), jouaient de la musique dans des restaurants, travaillaient dans des hôtels, faisaient des massages, gardaient des enfants, gardaient des maisons, enseignaient le français ou l’anglais, vendaient des bracelets, bref tout et n’importe quoi ! Sans parler des profs de yoga et des cuisiniers qui peuvent voyager dans le monde entier eux, meilleur passeport !

Autre détail important. Si vous voulez voyagez 12 mois comme vous partez en vacances 3 semaines l’été, oui, ça va vous coûter une fortune, on est d’accord. Je ne suis pas en vacances depuis 17 mois, J’ai travaillé (pour de l’argent ou en volontariat), vécu chez l’habitant, fais du stop. C’est pas de tout repos, encore moins de tout confort. C’est des concessions. Tu ne manges pas au restaurant, tu te cuisines tout toi-même, tout le temps, tu t’habilles tous les jours pareil pendant des mois, tu ne t’achètes pas le dernier gadget dernier cri dès sa sortie, etc … mais tu t’offres le temps, l’espace, la liberté, le soleil et les rencontres de ta vie!
Moi en 17 mois, je ne me suis achetée des nouvelles fringues que 2 fois (car ras le bol quand même au bout d’un moment lol), en donnant celles dont j’allais me séparer évidemment. Et encore, on parle d’un nouveau short en jeans, 2 tee shirts et 2 petites robes de plage pas chères. J’ai le même téléphone depuis 4 ans, il rame, mais il marche. Je n’ai fait aucune manucure, pédicure, massage et autres trucs que tu peux t’offrir quand tu es en vacances classiques. Mon argent est passé dans les expériences et les livres que je me suis acheté en route.

Bref, malgré le fait que je ne dépensais quasiment rien, que je vivais intensément et heureuse comme jamais et que j’avais de l’argent sur mon compte, ben quand j’y pensais, ça m’angoissait vachement. A en être paralysée.

Et puis d’un coup, enfin, j’ai lâché prise. J’ai enfin tout connecté d’un coup et j’ai décidé que c’était bon. Ce programme-là, cette croyance limitante sclérosante, j’étais prête à l’envoyer bouler une bonne fois pour toutes. Je n’en avais plus besoin dans ma vie.

Alors oui, vous allez vous dire que c’est facile à dire avec 8000€ en poche. Bien sûr que ça me rassure d’avoir de l’argent sur mon compte. C’est clair. J’ai pas encore vécu la situation d’avoir 100€ pour passer la prochaine frontière. Mais le jour ou ça m’arrivera, je suis prête.

L’année dernière je comptais tout. J’ai raté des trucs incroyables Parce que j’étais angoissée de ne faire que dépenser sans avoir aucune entrée d’argent. Je ne fais jamais mes comptes, je n’ai pas un carnet dans lequel je note toutes mes dépenses. Je passais parfois deux mois sans oser me connecter sur mon compte. Deux mois de stress pour au final avoir une bonne surprise quand j’osais me connecter et regarder le chiffre qui s’affichait du coin de l’œil!!! Franchement, aujourd’hui, je me demande vraiment pourquoi je m’imposais ça …

Et puis ensuite j’ai compris aussi un truc très très important : l’argent n’est pas un bien, c’est de l’énergie. Plus précisément, c’est l’extension de notre énergie. Et l’énergie stagnante, c’est inutile. Il faut que tout cela circule. Sinon ça ne sert à rien. Le secret de l’abondance consiste à laisser cette énergie circuler librement au lieu de la bloquer comme nous sommes beaucoup à le faire. Bénissez l’argent que vous donnez, celui que vous recevez. Pour qu’il entre, i faut qu’il sorte. Donnez. Donnez généreusement. De votre temps, de votre énergie, de votre argent. De ce que vous avez. Sans rien attendre en retour. Tout vous sera rendu au centuple.
Je réécrirais là-dessus, c’est un sujet d’article en soi.

Moi aujourd’hui, j’ai tellement lâché prise que je prête même de l’argent ou finance des campagnes de crowdfunding. Car j’ai envie de faire circuler cette énergie, d’investir dans des projets auxquels je tiens, qui participent à façonner aujourd’hui le monde dans lequel j’ai envie de vivre demain. Et évidemment, l’univers me le rend déjà !

Alors voilà, c’est ce que moi j’avais à vous dire aujourd’hui sur ce sujet. Avec mes mots. Mon expérience. Je n’ai pas fait de plan, pas pris de notes, je vous partage juste les choses comme je les dirai à des amis ou à d’autres voyageurs que je croise sur mon chemin.

J’aurai pu dépenser plus, j’aurai pu dépenser moins. Sur la route, on trouve tous les styles de budget, tous les rapports à l’argent. Mais le point commun, c’est que progressivement, en tous cas nous, les voyageurs au long cours, nous qui vivons dans les pays que nous traversont plus que nous n’y sommes en vacances, on lâche tous prise sur ce sujet.

Votre réaction vous appartient. Vous avez le droit d’être soulagés, contents, motivés. Vous avez le droit de ne pas être d’accord. Pas d’accord du coup. Sceptiques. Frustrés. Ce que vous voulez. Mais vous avez surtout le droit d’être sympathiques et constructifs. C’est le mot d’ordre de la page. J’ai passé un temps fou à écrire tout ça, je mets mon compte en banque à nu pour essayer de vous aider à briser certaines croyances limitantes, quelques angoisses que vous pouvez avoir et je passerai le temps qu’il faut à répondre aux commentaires. Mais je vous remercie d’avance d’élever le débat. Non je ne suis pas une petite fille de riche, oui je gagnais plus que le SMIC, mais j’espère qu’à ce stade, tout le monde a saisi que ce n’était pas le sujet !

Dans ce texte ce qu’il faut lire ce ne sont pas les chiffres et bloquer dessus, car ils plutôt élevés OK. Il faut lire entre les lignes et les chiffres et voir la motivation, les efforts, l’envie. Il faut voir le rapport à l’argent et comment, enrichi des visions d‘autres, il a changé pour me libérer. Je vous fais confiance !

Croyez bien que je ne fais pas tout ça pour créer de la frustration, ou alors de la frustration positive, celle qui fait se bouger et soulever des montagnes !!

Car si moi je le fais, VOUS POUVEZ LE FAIRE !!!

2017-09-04T13:49:13+00:00 - juin 2016 -|Tags: , , |